COVID-19 - Quels impacts pour les banques et établissements de crédit de la zone UMOA ?

Une dizaine d’années après la dernière crise majeure qu’a connue le secteur bancaire international (crise à laquelle certains spécialistes diront que la zone UMOA a été relativement épargnée), une nouvelle crise est en passe d’avoir un impact majeur et certain sur l’environnement bancaire de l’Union. Bien que trouvant son origine dans le domaine sanitaire, son impact économique pourrait se faire ressentir encore des années durant. La Banque mondiale a annoncé il y a quelques jours que « la pandémie de Covid-19 entraîne l’Afrique subsaharienne vers sa première récession depuis 25 ans ». Dans ce contexte, difficile pour tous les acteurs, quel peut-être l’impact sur les banques ? Quel est le rôle que celles-ci doivent jouer face à une crise dont la durée et l’étendue sont encore inconnues à ce stade ? Comment peuvent-elles se prémunir et se maintenir face aux difficultés économiques annoncées ?
Autant de questions que se posent inévitablement les acteurs du secteur bancaire et auxquelles ils vont devoir répondre dans les prochaines semaines, tout en continuant à gérer les urgences de continuité d’activité et de télétravail.

Un petit rappel des décisions prises par le régulateur

Très rapidement après l’apparition des premiers cas de COVID en zone UMOA, le régulateur a mis en œuvre une série de mesures visant à atténuer l’impact de la pandémie sur le système bancaire et le financement de l’activité économique dans l’Union. Ces mesures ont concerné aussi bien les banques et établissements financiers à caractère bancaire que les émetteurs de monnaie électronique. Toutefois, nous nous concentrons à travers cet article sur les mesures relatives aux établissements de crédit.

Les premières mesures, publiées le 21 mars 2020, ont tout de suite été, entre autres, de garantir la liquidité du marché bancaire à travers une augmentation des ressources mises à la disposition des banques et un aménagement de l’accès au guichet de refinancement de la Banque Centrale. Ces mesures permettent ainsi d’éviter un assèchement du marché interbancaire et une éventuelle crise de liquidité. Ensuite, le 02 Avril 2020, le régulateur a émis un avis relatif au report d’échéances des créances des établissements de crédit affectées par la pandémie du COVID-19.

Quels impacts de la crise du COVID-19 pour les Etablissements de crédit ?

Comme énoncé précédemment, la pandémie du COVID-19 touchera de plein fouet les économies africaines et aura un impact important sur l’activité du secteur bancaire.

  • Baisse du Produit Net Bancaire

Le Produit Net Bancaire sera très probablement impacté par la crise pour plusieurs raisons. L’avis publié par la BCEAO prône « un report d’échéances sur les prêts, pour une période de 3 mois renouvelable une fois, sans charge d’intérêt, ni frais, ni pénalité de retard ». Les emprunts accordés aux entreprises affectées par les effets de la pandémie ne produiraient ainsi aucun produit sur une période de 6 mois. De plus, la baisse d’activités sur cette clientèle engendrera également, de façon très probable, une baisse des produits générés sur les flux. Enfin, les tirages de crédit prévus sur cette période vont probablement être impactés par une situation attentiste induite par la crise actuelle : les investissements privés sont en retrait dans l’attente d’une meilleure visibilité pour les différents acteurs. Le PNB que pourrait générer ces nouvelles lignes de crédit ne serait ainsi pas perçu par les différentes banques.

  • Hausse du coût du risque de crédit

Il est également fort probable que, malgré les multiples mesures de soutien des pouvoirs publics, des faillites d’entreprises soient notées dans les prochains mois, ou du moins une incapacité à honorer les engagements même au-delà du délai de 6 mois accordé par la BCEAO. Le coût du risque de crédit pour les banques devrait ainsi connaître une hausse pour l’année 2020. En outre, il ne faut également pas occulter que les économies des pays de l’UMOA sont très fortement portées par la commande publique. Les dernières mesures fiscales et réorientations budgétaires pourraient ainsi avoir un impact sur les créances liées à l’Etat, de façon directe ou indirecte.

  • Hausse des charges d’exploitation

Les banques font également face actuellement à des mesures extraordinaires pour poursuivre leur activité, générant nécessairement des coûts d’exploitation additionnels. En effet, le déploiement des dispositifs de télétravail ou la mise en œuvre de Plans de Continuité d’Activité qui n’étaient pas toujours opérationnels ont nécessité de réaliser rapidement des investissements qui ont pu, parfois, s’avérer significatifs. Aussi, la mise en œuvre du cadre de suivi des créances concernées et des mesures de la Banque Centrale pourrait également générer des coûts additionnels pour les banques (Investissements SI notamment).

  • Tensions sur la liquidité et le marché interbancaire

Bien que la BCEAO ait pris les devants en adaptant l’enveloppe et les modalités de refinancement des établissements de crédit, les aménagements proposés auront un impact certain sur la liquidité des banques à travers :

    • Le décalage du remboursement des emprunts par certains clients
    • Le décalage de la collecte de ressources pour certains clients, intervenant notamment sur des marchés internationaux,
    • La fuite des dépôts vers certaines banques réputées plus solides dans un souci de sécurisation des dépôts
  • Respect des ratios prudentiels

Comme je l’annonçais dans un précédent article, les banques de la zone UMOA font face à de nouvelles exigences réglementaires depuis 2018. La mise en œuvre de ces exigences répond à un calendrier qui les conduit jusqu’en 2022, à travers des dispositions transitoires progressives. Pour beaucoup de banques et établissements de crédit, le respect du rendez-vous de 2022, notamment pour le ratio de solvabilité, passe par la réalisation de bonnes performances commerciales annuelles. Les points évoqués ci-avant viendraient ainsi remettre en question les éventuelles planifications qui auraient été faites.

Comment les banques peuvent-elles se prémunir face à la situation actuelle ?

Déjà, il convient de souligner que la majeure partie des groupes bancaires de la zone UMOA aborde cette crise en étant plutôt solide. L’entrée en vigueur du nouveau dispositif prudentiel a entraîné un renforcement des fonds propres de la quasi-totalité des établissements bancaires, leur permettant ainsi de pouvoir supporter un choc de cette nature.

Pour autant, les établissements de crédit devront revoir un certain nombre de points afin d’être en mesure d’atteindre les objectifs de croissance qui sont les leurs. Tout d’abord, leurs stratégies et Business Plan devront être revus pour prendre en compte l’occurrence de la crise actuelle. De plus, pour celles qui ne l’avaient pas fait, une planification des fonds propres est plus que jamais nécessaire, afin de s’assurer de la mise en adéquation des ambitions stratégiques avec les exigences réglementaires en fonds propres notamment.

Ensuite, les banques devront considérablement renforcer leur dispositif de suivi des risques de crédit, en veillant à un système de détection et d’alerte précoce des difficultés de la clientèle, afin de mettre en œuvre l’ensemble des actions possibles pour une gestion efficace de ces cas (restructuration, rééchelonnement, accompagnement).

Enfin, les banquiers devront encore plus que jamais revêtir leur rôle de conseiller pour accompagner les multiples entreprises formelles et informelles dans leurs adaptations et choix pour répondre à cette crise. Les Chefs d’entreprises, patrons de PMEs, trésoriers ou Directeurs financiers auront besoin de l’assistance et l’accompagnement de leurs banquiers dans leurs réflexions et prises de décisions.

Nous l’aurons donc tous compris, les défis des prochains mois s’annoncent multiples et complexes pour les établissements de crédit de la zone UMOA. Les attentes des acteurs économiques et du régulateur sont nombreuses et les acteurs bancaires de la zone auront fort à faire pour y répondre et revêtir leur rôle d’acteur de premier plan dans le financement de l’économie.

Il n’y a pas de doute cependant qu’ils devront pouvoir y parvenir, fait essentiel pour le bien des économies de la zone.

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